Il présente l’accompagnement proposé par la coopérative aux créateurs de mode et apporte des conseils indispensables pour réussir :
- créer le style de ses articles,
- soigner sa stratégie commerciale,
- s’entourer d’autres créateurs
- planifier son temps de travail.
- HdS.net : Quels sont les objectifs de l’accompagnement de Coopaname ?
- H. L. : Coopaname est une société coopérative à l’échelle de la région Île-de-France, avec un établissement dans les Hauts-de-Seine. Cette structure permet de tester la viabilité économique, développer, pérenniser son projet sans prendre le risque de créer son entreprise.
Plutôt que de créer sa propre entreprise, on crée son emploi salarié dans une entreprise coopérative que l’on partage avec d’autres entrepreneurs-salariés. L’entrepreneur peut démarcher des clients et facturer à travers la coopérative, tout en bénéficiant d’un soutien administratif et commercial.
Nous faisons en sorte que l’entrepreneur gagne du savoir-faire et des compétences, apporte davantage de valeur ajoutée à ses produits. Pour cela, nous apportons un diagnostic permanent et favorisons les échanges entre créateurs.
- HdS.net : Quel niveau d’avancement du projet est requis pour pouvoir s’adresser à Coopaname ?
- H. L. : Si l’idée est trop générale, la personne est orientée vers d'autres types d’accompagnement. Nous lui proposons d’abord d’assister à une réunion d’information collective qui permet de juger par soi-même si l’on est prêt ou pas.
Si le porteur de projet le souhaite, nous le recevons ensuite lors d’un entretien individuel. Nous ne demandons pas de plan d'affaires ni une étude de marché formelle. Une idée mûre, une hypothèse sérieuse et un minimum de métier suffisent.
L’étude de marché se fera sur le terrain, au contact des clients, puisque le principe de Coopaname est d'apprendre le métier d'entrepreneur en le mettant en pratique.
L’entrepreneur rejoint Coopaname en signant avec elle une convention d’accompagnement de 3 mois renouvelables.
Dès qu’il commence à gagner un peu de chiffre d’affaires, l’entrepreneur devient "entrepreneur salarié" et signe un contrat de travail à durée indéterminée avec la coopérative. C’est au créateur de décider de la durée du test de son projet.
Quand l’entrepreneur estime avoir atteint un "régime de croisière", il peut devenir associé de Coopaname. À tout moment de son parcours, il peut aussi sortir pour créer sa propre entreprise.
- HdS.net : Est-ce que le créateur qui ne gagne pas de revenus de son activité doit verser des frais ?
- H. L. : Non, l’entrepreneur verse 10 % de son chiffre d’affaires pour participer aux frais de fonctionnement de Coopaname. Il ne verse donc rien s’il ne gagne rien.
- HdS.net : Quel accompagnement proposez-vous spécifiquement aux créateurs de mode ?
- H. L. : Coopaname n’est pas une coopérative spécialisée dans la mode, mais nous accompagnons des entrepreneurs de ce domaine. Un groupe de travail rassemble une vingtaine d’entrepreneurs-salariés de Coopaname dans le secteur de la mode : création de collections de prêt-à-porter, costumes de spectacles, vêtements bébés et enfants, tissus écologiques.
Ce groupe "mode" compte aussi des activités de traitement de textiles de mobilier, objets de décoration d'intérieur, création de bijoux en tissus, sacs et accessoires, formation en couture et conseil en création d'objets décoratifs. Tous ces créateurs fabriquent et vendent eux-mêmes leur production.
L’objectif du groupe est de favoriser les échanges entre créateurs de la même activité et de faire émerger les complémentarités de métiers ou de compétences. Les participants peuvent regrouper leurs intérêts pour démarcher ensemble des clients ou acquérir des équipements de travail. Ils peuvent aussi profiter de leurs complémentarités pour se sous-traiter des prestations les uns les autres.
- HdS.net : Pourquoi renforcer l’accompagnement des démarches commerciales ?
- H. L. : Parce que le plus important est d’avoir une clientèle. L’entrepreneur doit être bon technicien mais il est aussi un commercial. Son expérience, son savoir-faire, sa création, ne représentent pas plus de 10 à 20 % de la mise en œuvre du projet. Le reste dépend de la relation client.
Or c’est le point faible des entrepreneurs : beaucoup n’aiment pas parler au téléphone et faire face au client.
Le premier marché de l’entrepreneur est souvent son premier cercle de connaissances. Comme ce cercle génère quelques ventes, il s’en contente parfois mais dans un deuxième temps, cela s’essouffle et le chiffre d’affaires chute. Pour stabiliser l’activité, nous aidons les entrepreneurs à élargir la clientèle et trouver leurs marchés.
C’est la confrontation avec la clientèle qui permet de structurer et de perfectionner son offre. Celle-ci est souvent un peu floue au départ ; le créateur va donc devoir segmenter ses produits en fonction de ses différents profils de clientèle.
Pour commencer, nous l’aidons à analyser son marché, à aller chercher ses clients et à préparer l’argumentaire commercial. Pour cela, différents ateliers (communication, gestion…) sont proposés.
- HdS.net : Comment les créateurs de mode peuvent-ils présenter leurs articles ?
- H. L. : Les entrepreneurs de Coopaname disposeront prochainement d’un espace pour exposer leurs produits sur notre site. Un créateur de mode et un créateur de sites internet accompagnés par Coopaname peuvent s’apporter mutuellement, travailler ensemble. Des réunions mensuelles permettent justement la rencontre entre créateurs de spécialités complémentaires.
Mais le site internet ne suffit pas. Un book de présentation est souvent nécessaire parce que les gens ont besoin de toucher les tissus. Lorsqu’il rencontre un client, le créateur lui présente ses tarifs et un book avec photos des prototypes, échantillons de tissus et précisions techniques. Enfin, les entrepreneurs peuvent participer à des salons professionnels puisqu’ils sont entrepreneurs-salariés d’une SARL.
- HdS.net : Comment parvenir à être rentable ?
- H. L. : Dans la mode, le facteur temps est capital. Les coûts de production sont élevés à cause du temps nécessaire, donc souvent on ne peut s’en sortir qu’en visant le haut de gamme.
Quand on n’a que son savoir-faire et pas de quoi prendre des risques financiers, il faut savoir commencer modestement, chercher des positionnements de niche et mutualiser les efforts avec d’autres.
Nous essayons de favoriser ces manières de procéder et d’aider les entrepreneurs à travailler ensemble, en coopération plutôt qu’en concurrence, même si chacun reste entrepreneur autonome.
- HdS.net : Mais comment justifier des prix élevés ?
- H. L. : C’est là que l’on a intérêt à travailler son approche commerciale. Certains entrepreneurs sont prêts à se brader pour vendre alors qu’au contraire, les tarifs doivent être clairs. L’enjeu est de démontrer que le créateur apporte une réelle valeur ajoutée.
Les prix sont justifiés par la prestation de création, par la capacité à apporter une valeur ajoutée importante, plus que par le produit lui-même. Cette prestation de création est souvent le cœur de métier de l’entrepreneur et non la production elle-même. Le créateur vend un univers personnel, un concept original qu’il a construit. Il personnalise son produit.
- HdS.net : Comment les créateurs de mode peuvent-ils gérer leur temps de travail ?
- H. L. : Un planning annuel est indispensable. Selon le segment commercial, certains articles peuvent être vendus à court terme, d’autres à des échéances de 3 à 6 mois, c’est le cas du dépôt-vente. Ce segment commercial implique des délais d’encaissement de plusieurs mois après le dépôt de l’article, sans garantie de vente. La vente d’autres articles est prévue à long terme, entre 6 mois et un an à l’avance. C’est souvent le cas des confections sur mesure pour des particuliers ou des musiciens, vendues à des occasions particulières de l’année.
La prospection commerciale et la participation aux salons demandent aussi du temps. La participation aux expositions-ventes et aux salons est souvent payante et sert tout simplement à se montrer, même si l’on ne vend rien. Et bien sûr, il faut trouver le temps de fabriquer ses articles.
C’est toute une organisation. L’équivalent de la moitié de son temps en production est un maximum, parce qu’il faut prévoir en plus un quart pour la commercialisation, et un quart pour la prospection.
Normalement, un entrepreneur individuel s’occupe aussi du travail administratif ou comptable, mais pas à Coopaname où toutes ces tâches sont mutualisées et confiées à des professionnels.
Il faut aussi prévoir l’équivalent d’une journée mensuelle pour sa formation permanente d’entrepreneur. C’est un rythme intensif. Il y a beaucoup de choses à faire mais nous faisons en sorte que le créateur puisse se concentrer sur son métier tout en étant rassuré et assuré.