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Lundi 08 septembre 2008

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Comment lancer sa marque de prêt-à-porter ?


Quelles sont les contraintes que doit gérer un créateur de mode ? Comment réussir son étude de marché ? Comment se faire connaître ? Valérie Arquier, styliste modéliste spécialisée en corseterie et maillots de bain, nous apporte son témoignage.


Après une carrière salariée d’une dizaine d’années, elle a créé sa propre marque de maillots de bain et accessoires de plage pour hommes et garçons, NANCIA. Sa connaissance du milieu professionnel ainsi que l’accompagnement de la Boutique de gestion et de la couveuse l’ont aidée à concrétiser son idée.

- HdS.net : Qu’est-ce qui vous a décidée à créer cette entreprise ?
- V. A. : J’ai toujours souhaité créer ma société. Constatant qu’il existait un manque réel dans ce domaine, j’ai eu l’idée de créer des maillots de bain pour homme et enfant. L’étude de marché a montré qu’il y avait très peu de concurrence et que ce marché se développait.
Pour en savoir plus, j’ai assisté à une réunion d’information destinée aux créateurs d’entreprise. Cette réunion était animée par un conseiller de la Boutique de gestion de Fontenay-aux-Roses, qui m’a ensuite aidée à finaliser mon projet.

- Quelle est la spécificité de vos articles ?
- Un traitement spécifique des matières permet un séchage très rapide. Les maillots plus courts sont pour un usage sportif. Ma marque, NANCIA, s’inscrit dans un esprit "sport chic" qui rappelle l’univers des voiles de bateaux.
Il y a deux lignes, la ligne piscine et la ligne plage dans le but de toucher non seulement les boutiques spécialisées, les grands magasins, mais aussi les hôtels de luxe, les centres thalasso et les spa.

- Comment avez-vous réalisé l’étude de marché ?
- J’ai privilégié l’étude de terrain, c'est-à-dire la rencontre avec les vendeurs des grands magasins et des boutiques. J’ai ainsi appris qui étaient les concurrents, leur clientèle et leurs prix.
Pour compléter ces informations, j’ai suivi des conférences au salon de la lingerie et consulté les statistiques de la Fédération du prêt-à-porter féminin.

Après l’étude de marché, la Boutique de gestion m’a aidée à préparer ma candidature d’admission en couveuse. La couveuse m’a permis de tester mon activité et de vérifier que mes produits plaisaient.

Pendant cette période, j'ai fait fabriquer ma première collection et commencé à commercialiser, tout en étant accompagnée. J’ai suivi des formations en marketing, gestion, comptabilité, commercial et métiers de la mode. J’ai également eu la chance de rencontrer d’autres créateurs.

- Comment vous organisez-vous pour concevoir un modèle ou une collection ?
- Pour ma première collection, j’ai fait réaliser mes propres couleurs sur les tissus sélectionnés. J’ai ensuite créé mes patronages et fait réaliser mes prototypes par une usine en France avec qui je travaillais depuis 10 ans, tout comme mon fournisseur de tissus.
La conception représente une partie minime de mon travail. Je commence, dès ce début d’année 2007, la création de la collection été 2008.  Il faut que la collection soit prête en juin 2007 pour pouvoir la présenter sur les salons spécialisés cet été. Ensuite, il faut photographier les modèles et réaliser la plaquette. En juin-juillet, je commence le démarchage. En octobre, je lance ma production en Tunisie.

L’inconvénient est la durée de fabrication. C’est long, quel que soit le pays. Entre le lancement et la réception des tissus et matières premières, il se passe 6 à 8 semaines. À cela s’ajoute la fabrication qui dure également 6 à 8 semaines, entre la digitalisation, la gradation, les placements, la coupe et ensuite le montage. S’ajoutent à cela les délais d’export et le transport en bateau. Sans compter que je suis un petit client, les clients importants sont toujours prioritaires.

- Est-ce que vous vous occupez aussi vous-même de vos outils de communication ?
- J’ai la chance d’être épaulée par mon mari qui s’occupe de l’identité visuelle : les photos, le site internet qui est la vitrine de présentation de la marque et la plaquette.

- Est-ce qu’il vous est difficile de vous faire connaître ?
- La première année a été difficile. Pour commencer, j’ai fait un premier salon, celui du maillot de bain, qui s’est avéré décevant. Des articles de presse professionnelle ont parlé de mes produits, mais cela ne m’a pas apporté de clients.
Le début est difficile parce que les gérants de boutique n’acceptent pas facilement une nouvelle marque. Ils sont frileux, sauf si la marque est déjà référencée auprès d’un grand magasin. J’ai démarré avec quatre commandes de magasins indépendants dont deux qui ont été annulées. J’ai ensuite vendu en comité d’entreprise et en ventes privées.

- Alors quels sont les moyens de vente qui fonctionnent pour vous ?
- Je souhaite développer les ventes privées qui marchent bien. Quelques amies m’hébergent une ou deux journées dans leur local professionnel et communiquent autour d’elles, je fais un mailing et des invitations.
Cette année, je vais louer un espace de vente pendant deux ou trois jours avec une créatrice que j’ai rencontrée lors d’un salon. Ses articles me plaisent et surtout, ils sont complémentaires des miens puisque ce sont des maillots de bain pour femmes.

J’ai aussi quelques nouveaux clients : les Galeries Lafayette Paris et quelques indépendants situés à Paris, Bordeaux, Aix et en Corse. J’ai également une clientèle d’hôtels de luxe.
Tout s’est fait par mail et par bouche-à-oreille. Je ne laisse pas mes articles en dépôt-vente. Non seulement, on ne sait pas comment on va les retrouver, mais en plus, ils sont rarement mis en valeur.

- Vous réalisez combien de collections par an ?
- Une seule, puisque le maillot de bain est un produit saisonnier. J’envisage d’exporter vers des pays où les saisons chaudes ne correspondent pas à l’été européen, comme les États-Unis ou les îles.
Je vise surtout les boutiques spécialisées, les hôtels de luxe et les boutiques d’hôtel. Mais il faut que je m’implante suffisamment bien en Europe et en France avant de travailler à l’export.

- Comment réussissez-vous à être compétitive vis-à-vis de vos concurrents ?
- J’ai réussi à proposer des produits 40 % moins cher que ceux de mon concurrent principal. C’est indispensable puisque ce concurrent est bien installé sur le marché alors que ma marque, NANCIA, est toute récente.
Pour y parvenir la seule solution était de faire fabriquer à l’étranger. J’ai donc choisi un fabricant tunisien. En revanche, les tissus restent fabriqués en France, tout comme le montage de ma prochaine collection.

- Est-ce que vous parvenez à vivre de cette activité ?
- Jusqu’à présent, l’activité ne m’a rien rapporté même si je suis rentrée dans mes frais. Heureusement, je travaille aussi en free lance dans la corseterie féminine, mon métier de base.
D’autant plus qu’il y a des coûts incompressibles : nous sommes obligés de fabriquer un minimum de quantité, on ne peut pas faire fabriquer deux pièces par-ci et trois pièces par-là.

Les fabricants acceptent de faire moins de pièces mais alors, le prix de revient unitaire est tellement élevé que l’on vend quasiment à perte. Il y a un tarif par palier : de 1 à 50 pièces, de 50 à 100 pièces, ensuite de 100 à 250 pièces. Je fais fabriquer une centaine de pièces par modèle, sinon ce n’est pas intéressant.
Les éventuels invendus sont vendus en vente privée et sur le site internet de Pinault Printemps La Redoute qui s’appelle "Rush collection", leur boutique en ligne.

- Est-ce que si l’activité augmente, vous arrêterez de travailler en free lance ?
- Si possible non. En fait j’apprécie de travailler en free lance car cela me permet de continuer à avoir une ouverture sur d’autres univers. Et puis cela m’oblige à m’adapter à des stratégies de marque.

- Est-ce que vous travaillez chez vous ?
- Oui, mon bureau se trouve dans l’appartement, mais finalement je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je pense rechercher un bureau, pour moi et aussi pour mes enfants qui ont du mal à comprendre que je doive m’isoler pour travailler.

[ En savoir plus ]


Le site de Nancia
Le site de la couveuse Le Geai

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