Aménagement Urbain - Urbanisme - Politique Urbaine dans les Hauts-de-Seine
Mercredi 03 décembre 2008

92 - Conseil général des Hauts-de-Seine

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Urbanisme

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POLITIQUE URBAINE

Rénovation des coeurs de ville : "Le centre-ville est un facteur d'identification fort"


Interview croisée de Jean-Sébastien Soulé, directeur du CAUE 92 et Vincent Lelièvre, architecte au CAUE 92


Avec plus de vingt ans d'activité, le CAUE 92, le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement, pose un regard privilégié sur l'évolution de la banlieue des Hauts-de-Seine.
Son directeur, Jean-Sébastien Soulé, et Vincent Lelièvre, architecte depuis les débuts de l'association, reviennent sur les coeurs de nos villes.

Hauts-de-Seine.net : De nombreux projets de rénovation sont à l'ordre du jour. Pourquoi s'attaquer en priorité aux centres-villes ?


Vincent Lelièvre : Les villes de banlieue ont du mal à se distinguer les unes des autres. Le centre-ville est un facteur d'identification fort. Les élus veulent y retrouver une dimension quotidienne, des références qui font l'unanimité : le marché, la place, l'église, le square. À travers cette politique de reconquête des centres, s'exprime un besoin d'avoir des milieux conviviaux qui supplantent le centre commercial.

Jean-Sébastien Soulé : C'est amusant parce que, pendant des années, on a vilipendé l'urbanisme haussmannien et l'architecture du XIXe siècle. Or il a le mérite de prendre en compte l'espace public qu'on redécouvre aujourd'hui. Aujourd'hui, on copie le modèle parisien car c'est le seul exemple qu'on connaisse. Le piège est maintenant de ne pas tomber dans le pastiche.
Une ville vaut aussi par la qualité de ses espaces non bâtis. Cette prise de conscience a conforté l'entrée en scène des paysagistes qui ont dans leur formation une meilleure culture de l'espace public.

HdS.net : Les lancements d'OPAH, les opérations programmées de l'amélioration de l'habitat, ont notamment bien aidé à rénover ces paysages urbains anciens ?


Jean-Sébastien Soulé : Les années 80-90, c'est en effet aussi le début des OPAH. Leur objectif est de restaurer l'existant, d'effectuer les remises aux normes tout en gardant les habitants en place. Dans les Hauts-de-Seine, Gennevilliers a été une des premières villes à s'en servir pour rénover le quartier de son vieux village.

Vincent Lelièvre : Sceaux a également été une ville pionnière. Avec la rue Houdon, ce fut une des premières communes en France, au début des années 80, à créer, en centre-ville, une voie piétonne avec plein de commerces. Cette rénovation fut un succès et c'est un modèle envié encore aujourd'hui par toutes les communes du Sud haut-seinais.

HdS.net : On voit beaucoup de projets de rénovation de centres-villes sur le modèle du village, avec justement des voies piétonnes, des placettes, des squares, un fort soutien aux commerces de proximité. C'est ce qu'il faut faire aujourd'hui ?


Jean-Sébastien Soulé : Ce qui est fait aujourd'hui, on en verra le résultat dans 5, 10 ou 15 ans. Par exemple, Sceaux est une opération exemplaire, mais ces centres anciens qui fonctionnent sont extrêmement fragiles. Une rue piétonne, c'est très bien, mais après 19 h 30, c'est mort. Et la nuit, pour une femme seule, je ne crois pas qu'on s'y sente très en sécurité. Si on envisage des bistrots ou des restaurants pour l'animer, les riverains s'y opposent, à cause des inéluctables problèmes de nuisances sonores et olfactives.
Ensuite, les gens viennent faire leurs courses en voiture - c'est un fait incontournable - et il y a donc des problèmes de stationnement. Or dès que les chiffres d'affaires baissent, les commerçants s'en vont. La mobilité est grande et cela va très vite. On se retrouve alors avec des commerces peu qualifiants : des banques, des discounters, des loueurs de vidéos, des opticiens, des boîtes d'assurances, et là, le centre-ville est mort : il n'a plus aucun attrait.

Vincent Lelièvre : La rénovation d'un centre-ville est un projet très complexe à mener. Il faut penser, outre aux petits commerces indispensables à l'animation, aux équipements publics, aux services de proximité, aux places de stationnement supplémentaires, aux transports avec le développement des petits bus et des circulations douces... Il y a encore beaucoup de progrès à faire de ce côté-là.

HdS.net : Le village en ville, n'est-ce pas une utopie en banlieue ?


Jean-Sébastien Soulé : La campagne à la ville est une utopie totale. On résout des problèmes, mais on en crée d'autres. Par exemple, la création d'un square, c'est très bien pour les enfants et les inactifs, mais cela peut devenir une zone de non-droit absolue la nuit tombée !

Vincent Lelièvre : La campagne est une valeur refuge car l'exode rural est récent. La majorité des gens qui habitent la région parisienne ne sont que la 2e ou la 3e génération de ces expatriés. La symbolique rurale fonctionne donc très bien même si elle ne correspond à aucune réalité.

Jean-Sébastien Soulé : À défaut de vie de village, ce qui est essentiel en revanche, c'est l'échange et l'éclectisme. Outre l'école, maternelle et primaire, comme haut lieu de rencontres, il y a aussi les associations à privilégier et qu'on oublie souvent. Il faut mettre en centre-ville des locaux pour recevoir les bridgeurs, l'amicale des Bretons ou le web café. La création du lien social est primordiale.

Les missions du CAUE 92


Créé en 1979, le CAUE 92 a deux vocations : conseiller et former. Service gratuit, le CAUE propose compétences et avis en matière d'architecture aux particuliers comme aux collectivités locales.
Côté formations, l'association organise cours et séminaires sur différents thèmes selon ses publics : élus, DDASS, directions d'urbanisme des collectivités, particuliers.
Son troisième volet d'actions concerne la sensibilisation du public par le biais de publications et d'expositions régulières.
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