Histoire du département - Historique des Hauts-de-Seine
Jeudi 20 novembre 2008

92 - Conseil général des Hauts-de-Seine

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L'HISTOIRE DU DÉPARTEMENT
"D'azur à la fleur de lys d'or et à la nef antique d'argent, au chef d'argent chargé d'une fasce ondée d'azur", ainsi se décrit le blason des Hauts-de-Seine créé par Georges Weill.

Le blason des Hauts-de-Seine


Quelle est son origine ?


Créé en 1964, le département des Hauts-de-Seine n'avait pas de blason. En 1969, Georges Weill, premier directeur des Archives départementales des Hauts-de-Seine, s'est vu confier par le préfet la conception des armoiries des Hauts-de-Seine. Dans sa bibliothèque-salon de Neuilly-sur-Seine où les livres mangent les murs, Hauts-de-Seine.net l'a rencontré.

Il flotte dans la pièce une odeur légère de cigare, les fauteuils anglais en vieux cuir vert invitent à causer.

- Hauts-de-Seine.net : Comment est né le blason des Hauts-de-Seine ?
- Georges Weill : Vous savez, créer de toutes pièces un blason n'est pas une mince affaire. L'héraldique, la science des blasons, est une discipline ancienne, authentique et exigeante. Les armoiries ne sont pas le fruit de l'imagination. Elles doivent rappeler un souvenir historique, par exemple celui des territoires de l'histoire de France, ou bien des événements, ou des personnages qui ont marqué cette histoire. Certaines armoiries remontent au Moyen Âge. Elles étaient alors réservées à la noblesse, qui les arborait comme un privilège pour affirmer son ancienne lignée, ou à de riches bourgeois.
Sous les Bourbons, elles sont devenues une ressource fiscale, en particulier sous Louis XIV, où l'on vend des blasons, dessinés par des héraldistes professionnels, à de nombreux roturiers.
Beaucoup de ces armoiries comportent des "armes parlantes", c'est-à-dire des objets rappelant l'origine géographique, le métier ou les goûts du titulaire : une navette pour un tisserand, un marteau pour un forgeron, un maillet pour un charpentier, un bateau pour un armateur, un arbre pour un amateur de jardin, etc.
Les provinces et les grandes villes eurent leur blason bien avant la Révolution, rappelant le souvenir des anciennes principautés et certains événements de leur histoire.

Au XIXe siècle, les départements, créés par la Révolution, et beaucoup de petites communes voulurent adopter des blasons, souvent de façon fantaisiste, sans utiliser une méthode héraldique correcte, ce qui amena le gouvernement de Napoléon III à intervenir pour remettre de l'ordre dans ce domaine : si les particuliers peuvent adopter les blasons de leur choix, il n'en va pas de même pour les corps constitués, qui doivent respecter les règles de l'héraldique, et par conséquent l'histoire de leur institution.
C'est pourquoi on retrouve dans le blason de certains départements des éléments rappelant la principauté féodale dont ils dépendaient, par exemple dans le Sud-Ouest les lions des Plantagenêts, devenus lions d'Aquitaine, et que l'on retrouve en Angleterre. Mais la seigneurie peut aussi être un duché, comme en Lorraine, un comté comme en Auvergne, un marquisat, ou une terre ecclésiastique, comme une abbaye ou un évêché.

Le régime de Vichy, attaché à réactiver le souvenir des institutions de l'Ancienne France, sous surveillance de l'État, créa une commission nationale d'héraldique, chargée de valider les décisions des commissions départementales, seules autorisées à délivrer des blasons aux communes qui n'en avaient pas encore, et à confirmer, au besoin en les modifiant, ceux qui existaient déjà, en se référant à la tradition et aux usages.

- HdS.net : Qu'en est-il en 1969 ?
- G. W. : En ce qui concerne notre blason, après avoir inauguré la fonction de directeur des Archives départementales des Hauts-de-Seine, je me suis vu confier par le premier préfet du département, Claude Boitel, le soin de concevoir des armoiries dignes du nouveau département, propres à lui donner une âme ainsi qu'une assise historique.
Je ne connaissais pas beaucoup d'héraldique. Quoique diplômé de l'École des chartes, cette matière n'était pas enseignée dans un cours magistral. J'ai donc lu les principaux ouvrages qui traitaient de la question et j'ai consulté un ami, ancien condisciple de l'école et spécialiste d'héraldique.

Un blason centré autour de la Seine


- HdS.net : Comment avez-vous procédé ?
- G. W. :
Pour bâtir mon projet, j'ai consulté les armoiries adoptées officiellement par les communes formant désormais le département des Hauts-de-Seine. Toutes les communes qui m'intéressaient, soit provenant de l'ancienne Seine, soit de l'ancienne Seine-et-Oise, avaient déjà un blason. J'ai alors construit un blason, centré autour de la Seine, qui est le seul lien géographique entre Gennevilliers, la commune située le plus au nord, et Antony, celle située le plus au sud, par l'intermédiaire de la Bièvre, qui a disparu depuis longtemps dans son entrée dans Paris. Mais il fallait aussi rappeler l'histoire des principales communes du département, et le souvenir de leur ancien département d'origine.

- HdS.net : Quels éléments avez-vous retenus pour évoquer cette histoire ?
- G. W. :
Ce premier projet comportait un élément choisi dans le blason de Nanterre, mais qui symbolisait aussi la Seine : une rivière, que l'héraldique stylise sous la forme d'une "fasce ondée", placée au sommet du blason, c'est-à-dire "en chef".
Le reste du blason, divisé en quartiers, comportait des éléments symbolisant l'histoire des deux anciens départements, à l'aide de meubles extraits des blasons des deux nouvelles sous-préfectures et d'une commune de l'ancienne Seine-et-Oise :
- une "nef" pour Boulogne-Billancourt, rappelant sa situation le long de la Seine,
- des pièces d'or (en héraldique, des "besants"), pour Antony,
- un cor de chasse (un "huchet" en héraldique), tiré des armes de Sèvres, afin de rappeler que neuf communes provenaient de la Seine-et-Oise.

Deux projets en lice


- HdS.net : Pourquoi la fleur de lys ?
- G. W. :
Je voulais rappeler que tout le territoire du département avait dépendu, depuis les premiers Capétiens, du domaine royal, en y intégrant une fleur de lys, qui figure aussi sur les armes de l'ancienne abbaye royale de Saint-Germain-des-Prés, seigneur d'Antony de Charlemagne à la Révolution.
Le préfet a trouvé ce projet historiquement intéressant, mais un peu compliqué.
En me remerciant par une lettre manuscrite, il m'a demandé de le simplifier en le divisant en deux projets différents : l'un comporterait la "fasce ondée", plus les éléments tirés du blason des communes de l'ancienne Seine ; sur l'autre, les "besants" seraient remplacés par le "huchet d'or" de Sèvres, rappelant que les forêts giboyeuses entre la Seine et Versailles étaient d'anciennes chasses royales...

- HdS.net : Qu'a choisi le conseil général ?
- G. W. :
Ce second projet me plaisait beaucoup, mais dans sa séance du 1er juin 1970, le conseil général a adopté le premier des deux projets, en en modifiant un peu les teintes ; le fond rouge ("de gueules", en héraldique) de Boulogne serait bleu ("d'azur") avec une nef d'argent.
C'est pourquoi la description du blason des Hauts-de-Seine se présente comme suit : "D'azur à la fleur de lys d'or et à la nef antique d'argent, au chef d'argent à la fasce ondée d'azur."

Georges Weill sourit et regarde loin, dans ses souvenirs. Le dossier repose sur la table depuis longtemps et les livres n'ont pas perdu une enluminure de la conversation...

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