Les moteurs vrombissent de fureur, les drapeaux verts s'abaissent, les crosscars s'élancent dans un nuage de poussière rouge pour dévorer la piste. Nous sommes le dimanche 15 juin 2003, c'est la finale de crosscar de la saison. Dans les rangs des plus jeunes, des collégiens concourent. En une année scolaire, ils ont monté un crosscar de toutes pièces au collège dans le cadre de l'atelier du même nom. Ils se sont transformés en mécaniciens et en pilotes ! Aujourd'hui, alors que l'excitation de la compétition atteint son paroxysme, ils acceptent de parler de sécurité routière. En effet, après plusieurs courses et, quelquefois, un peu de casse derrière eux, ils ont changé leur regard sur la question.
Ruben, 15 ans, collège André-Doucet à Nanterre
Avant, la sécurité routière, je n'y pensais pas. C'est venu en côtoyant la vitesse et les cours de sécurité routière. J'ai réalisé que la route se partage. En général, je me déplace en transports en commun, je fais un peu de vélo. Je constate que de nombreux adultes ont une conduite dangereuse. Ils ne respectent pas les limitations de vitesse, doublent sans mettre le clignotant, brûlent les feux et les stops. Ils sont un peu inconscients. Ils roulent beaucoup trop vite pour leurs capacités. Pourtant, il est essentiel d'être conscient de ses capacités.
Abdelhamed, 16 ans, collège Anne-Frank d'Antony
Je n'ai jamais eu la notion de danger, quand je voyais les gens conduire mal, je trouvais ça drôle. Le crosscar m'a rendu plus conscient et je pense que sur la route, je conduirai bien. Moi, je pense à ma vie car elle m'intéresse : je veux pouvoir faire des études et un métier qui me plaît, dans la vente ou dans l'informatique.
Jonathan, 16 ans, collège Anne-Frank d'Antony
Je fais du vélo, je roule prudemment en faisant attention pour deux car les voitures, elles, ne le font pas toujours. Je veux passer mon permis dès 18 ans. J'aime les sensations de la conduite et pas besoin de conduire vite pour les avoir. Ce que j'aime, c'est être au volant, me contrôler et contrôler le véhicule, bref, me sentir en harmonie. Il faut réagir avant l'accident, pas pendant car c'est trop tard. Je crois vraiment que je respecterai le code de la route. J'ai déjà imaginé que je pourrais provoquer un accident, me tuer ou tuer quelqu'un. Dans ce dernier cas, je crois que je ne m'en remettrais pas, même si c'était vraiment involontaire. Je crois qu'on est responsable et qu'il faut assumer ses actes. J'ai des potes qui conduisent sans permis, je leur dis d'arrêter et de continuer leurs études, et de se le payer quand ils auront l'âge, mais&
Élie, 16 ans et demi, collège André-Doucet à Nanterre
J'ai déjà vu des accidents : une petite fille renversée par le bus et un garçon écrasé sur un boulevard à Paris. Le prof ne voulait pas qu'on regarde, mais c'était plus fort que moi. Ils ont recouvert le corps d'un drap. Ça m'a vraiment choqué.
Moi, je suis plutôt piéton. Et je pense que la mob ou le scoot ne devraient même pas exister, c'est trop dangereux. Même le crosscar, c'est dangereux, ça va vite. Je fais attention pour ne pas le casser, ni casser personne. Tous ceux qui ont un véhicule à moteur entre les mains doivent faire attention, ils ont une forte responsabilité.
Avec mes deux frères, j'ai déjà conduit dans un parking pour voir à quoi ça ressemblait. Mon frère ne voulait pas que j'aille sur la route pour ne pas provoquer d'accident ou avoir de problèmes avec la police. J'ai tout de suite aimé ça. La voiture, c'est mieux que le crosscar. Mon frère va m'inscrire à la conduite accompagnée cet été et je suis très content.
Mourad, 16 ans, collège Henri-Sellier à Suresnes
Ceux qui conduisent sans permis prennent de gros risques. Pendant cinq ans, ils ne peuvent pas le passer, ni passer un examen d'État comme le bac. Je ne veux pas perdre cinq ans pour rien : je veux faire un BEP d'électrotechnique, puis une 1re de réadaptation et passer mon bac de génie électrotechnique.
J'ai passé mon BSR. Ça s'est bien passé, on avait 40 questions et il fallait avoir moins de cinq réponses mauvaises. J'envisage de passer mon permis accompagné. Je veux faire les choses bien. La voiture est trop utile dans la vie de tous les jours. Avant, j'avais déjà conduit dans le bled en Algérie, mais Crosscar m'a permis d'apprendre à bien conduire et à bien entretenir le véhicule, ce qui est aussi important qu'une bonne conduite. Une voiture en mauvais état, c'est un risque d'accident plus élevé.
Grégory, 14 ans, collège Henri-Sellier à Suresnes
S'il n'y avait pas de responsabilité en conduisant, il n'y aurait pas à passer le permis. Le permis désigne, ou devrait désigner, les personnes capables de conduire une voiture et de respecter les règles. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas. Griller les feux rouges juste pour gagner un tout petit peu de temps, c'est bête. La responsabilité vient de la personne et non pas de son âge, je pense que certains adultes sont irresponsables bien qu'ils sachent ce qu'ils font. Il y a des circuits pour faire de la vitesse. Ce n'est pas parce qu'on met sa vie en danger qu'on doit le faire avec celle des autres.
Nicolas, 15 ans, collège Henri-Sellier à Suresnes
Quand j'étais petit, la vitesse c'était rigolo, mais après deux semaines de stage avec la sécurité routière et Crosscar, j'ai vraiment réalisé que ça peut être dangereux. Les règles existent pour de vraies raisons, pas juste pour embêter le monde. La route n'est pas faite pour la vitesse qu'il faut réserver au terrain de course.
Même en crosscar je fais attention de suivre les consignes pour éviter la casse et ne blesser personne. On est là pour s'amuser, il ne faudrait pas que ça tourne au drame. Si on fait une mauvaise manip et qu'on casse, tout le travail est perdu. Mais il faut aussi veiller à maintenir sa voiture en bon état, la sécurité routière ce n'est pas que la conduite, c'est aussi l'entretien du véhicule.